L’indispensable Lobby

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À la lumière des récents événements survenus au Québec en ce début du mois d’octobre, force est de constater que le pressentiment qui m’a saisi les tréfonds du ventre lors de la première vague du confinement au printemps s’avère tout à fait juste. La communauté de joueurs adultes amateurs de notre sport est sans représentation. Un orphelin trop âgé et trop familier dans l’esprit de nos pairs pour que l’on lui accorde de l’importance.

Selon les indications diffusées au cours d’une conférence donnée au public par le gouvernement du Québec vendredi le 2 octobre dernier, notre grand orphelin amoureux de son sport devra s’asseoir sur son divan, rester tranquille et se taire, le chanceux. Oui mesdames et messieurs, les sports d’équipes sont une fois de plus, semblerait-il, sur le point d’être interdits à partir de lundi. Les séides ministériels ébauchent en ce moment même une nouvelle sentence sociale qui risquerait de précariser les conditions physiques et mentales des adultes actifs de notre société (voir article de Radio-Canada).

Mais qu’en est-il de la véritable jeunesse québécoise qui elle aussi est inspirée par la pratique de ce sport tant aimé? De façon prévisible, les hautes perceptions ointes de Saint-Chrême édicteraient une hiérarchie des importances. Si l’on s’en tient aux paroles sorties de la bouche de notre premier ministre au cours de cette conférence de vendredi, “le sport à l’école, pour moi,” dit-il, “c’est très important. Ça fait partie de la motivation des jeunes pour réussir à l’école, donc très important”, et l’on peut donc prédire que les sports collectifs pratiqués par les écoliers, quoique peut-être mieux surveillés, ne seront pas proscrits. Si l’on s’attarde à la notion de lobby à ce sujet, j’avancerais que celui qui sous-tend cet état d’âme du premier ministre est peut-être le plus influent de tous, même si celui-ci n’est pas inscrit au Registre des lobbyistes du Québec : j’ai nommé le puissant lobby des… parents. Les parents d’enfants n’ont même pas à lever le petit doigt pour faire valoir leur attente au bon sens. Et vous savez quoi? Nous ne pourrions être plus d’accord avec eux. Car on le sait, l’exercice du sport est fondamental à l’équilibre des êtres humains. Prohiber le sport équivaut à une sentence qui nous ramène à l’examen de notre fragile mortalité.

Alors oui, on le sait aussi, le prétexte actuel dont se sert le gouvernement du Québec pour confiner notre vieil orphelin adulte est la crise sanitaire qui, aux cadences alarmistes des médias traditionnels, sévit sur les esprits et fait visiblement de plus en plus de carnages collatéraux au sein de la population. ‘La peur pour entendre la voix de la responsabilité’, est un article paru au Devoir d’aujourd’hui, écrit par l’auteur Yves Gingras, professeur à l’UQAM. Sans explicitement élaborer sur le cas précis du traitement heuristique de la pandémie de la COVID-19 par les autorités québécoises ou fédérales, la notion y est néanmoins introduite que la peur en soi est un outil mécanique de l’appareil d’État permettant de réquisitionner la responsabilité de ses sujets. L’histoire aura démontré à maintes occasions que les médias traditionnels ont une tendance frénétique d’adhésion auprès de cette méthode prouvée au fil des siècles qui permet de ‘dociliser’ les peuples avec succès. Un excellent exemple récent venant en tête et qui fait état de ce dispositif hyper puissant est celui de la chronologie des événements qui a mené à la guerre en Iraq en 2003, sous les revendications de l’administration Bush junior, déclamant que l’Iraq possédait des armes de destruction massive sans jamais pouvoir pour autant en présenter de preuves probantes au peuple américain. Les médias traditionnels martelèrent au cours de l’entier processus un fil d’information basé sur la crainte d’une attaque imminente dévastatrice. Sans entrer dans les détails qui sont amplement répertoriés presque vingt ans plus tard dans les livres d’histoire, jamais arme de destruction massive n’aura été déterrée dans ce pays du moyen-orient.

Ainsi donc vrillant tous azimuts dans la spirale sans fin de la peur, les citoyens cherchent désespérément un sens à la catastrophe qui sévit à leur endroit. D’abord, il y a le désarroi économique. Voyant que la Direction générale de la santé publique esquissait de nouvelles mesures accablantes de confinement le 29 septembre dernier dans lesquelles les pans de la culture étaient impactés de plein front, le lobby du cinéma rédigea un plaidoyer dans les pages d’opinions du Devoir (Les cinémas ne doivent pas servir de bouc émissaire, 2 octobre 2020) cosigné par 300 artisans du milieu du cinéma. L’instinct de survie poussa l’industrie à crier à l’injustice, et alla même jusqu’à remettre en question la logique de l’État dans ses prémisses d’endiguement de la propagation. Elle utilisa par ailleurs l’excellent levier de la comparaison, revendiquant que les espaces dits de ‘rassemblements’ ou de socialisation ne pouvaient se limiter qu’à ceux liés à la culture, à la restauration et à l’industrie de bars. Pourquoi accepter les sports collectifs, qui rassemblent eux aussi les personnes? Les médias traditionnels ont rapidement emboîté le pas en relayant l’apparente injustice d’une telle décision gouvernementale, jugée inique par l’industrie. On le sait maintenant, l’administration Legault a fléchi sous cette puissante pression lobbyiste. La ministre Nathalie Roy, annonça l’octroi d’une aide financière supplémentaire de 50 millions de dollars au soutien des producteurs et des diffuseurs de spectacles québécois pour calmer les esprits.

Alors la question est maintenant lancée: à quand donc le lobby des hockeyeurs? Quand les joueurs de hockey adulte amateur vont-ils finir par comprendre que le seul moyen d’induire un respect à l’écoute de l’État viendra lorsqu’ils seront foncièrement unis et solidairement coalisés? Entretemps, que ceux-ci se préparent à traîner sur leur divan pour le mois d’octobre!… à regarder les émissions de télé-réalité et les oh-si-divertissants jeux télévisés qui, sembleraient-ils, sont considérés un psychotrope indispensable au soulagement des facultés cognitives. Chercher à toiser l’ampleur du désastre au sein duquel chacun patauge n’est pas à la mode. Cela dit, extraire le hockey du hockeyeur adulte est une opération délicate qui mérite davantage de réflexion, ou mieux encore, qui mérite d’être abandonnée.